-
lieu: Monaco
année: 2009
client: la Société des Bains de Mer
programme: mission complète
graphisme: Ich & Kar
art: Aurore de la Morinerie
paysage: Jean Mus
uniformes: Capucine Puerari © jean-jacques l héritier
© jean jacques l héritier
© jean jacques l héritier
© jean jacques l héritier
Vos réalisations passées attestent d’un grand éclectisme. Qu’avez-vous accompli sur le Monte Carlo Beach que vous n’aviez déjà réalisé ?
Le lieu est pour moi le point de départ de toute histoire, de tout projet. Et si chaque histoire est différente, chacun de mes projets est unique, chacun est une première fois. J’avais déjà travaillé sur un hôtel en bord de mer à Miami, mais me concentrer quelques mois sur ce bijou de la Riviera, ce lieu mythique, m’inspirer de l’esprit de la grande époque des années
Quels ont été les éléments qui ont déclenché chez vous, l’envie d’accepter ce projet ?
Sa position d’abord, nichée au cœur d’un paysage sauvage typique de la Méditerranée, riche de cyprès et de pins d’Alep, avec une vue inouïe sur la baie. Pour nommer ces endroits exceptionnels, les Anglo-Saxons parlent de « spot » et c’est pour moi ce qu’évoque le Beach : un spot magique, une respiration entre Cap Martin, son bord de mer, sa végétation sauvage préservée, et Monaco, un des lieux les plus sophistiqués de la Côte. La rencontre de toutes ces spécificités ne pouvait que me séduire et offrir à mes équipes et à moi-même un défi rare, unique. Le bâtiment m’a ensuite plu par sa dimension idéale car je n’aime pas les hôtels trop grands. Avec ses 40 clefs, le Beach permettait de traiter les espaces à une échelle presque intime, comme nous aurions pu le faire pour une grande villa. Enfin, les relations avec la Société des Bains de Mer ont été primordiales : j’ai écouté, je me suis imprégnée de leurs demandes, de leurs attentes avant d’amorcer une collaboration, un échange qui aura duré plus d’un an …
Comment travaillez-vous ?
Je travaille de façon instinctive, en guettant les évidences, les images mentales qu’un lieu particulier provoque, suscite en moi : ses parfums, ses couleurs, ses défauts, sa lumière.Pour le Beach, plus qu’une histoire, j’ai imaginé une romance, une histoire sentimentale hors du temps, nourrie de l’imagerie de la côte d’azur : les juxtapositions colorées de Matisse, le graphisme des photographies de George Hoyningen-Huene et ses jeunes filles élégantes en maillot de bain. J’ai aussi pensé au Riva, comme symbole d’un certain art de vivre. Des éléments plus personnels peuvent aussi alimenter le projet et renforcer le propos : j’ai passé une partie de mon enfance dans l’arrière-pays niçois et conserve des images très fortes de ce paysage. En incluant des éléments de végétation au bord de mer, en faisant « descendre » la montagne jusque sur la plage, j’ai le sentiment d’avoir effectué un travail de mémoire. Les couleurs ont été de vraies sources de référence, choisies dans des palettes aux ambiances bord de mer, tout comme certains éléments graphiques que nous avons voulu récurrents : les rayures, qui constituent l’ADN du Monte Carlo Beach, ou le losange, une réminiscence de l’écusson de la Principauté. Bref, un travail de fond assez « classique » car, je ne voulais pas faire un hôtel « design » mais créer une ambiance moderne et élégante.
Quel a été le déroulement de votre travail sur le « nouveau » Monte Carlo Beach ?
Une de nos intentions était que la mer devienne en quelque sorte le personnage principal de l’histoire que nous voulions raconter. Il nous semblait important de rendre les circulations de l’hôtel plus fluides qu’elles ne l’étaient, d’unir les espaces intérieurs et extérieurs, et surtout de les relier à la mer.
L’élaboration d’une chambre témoin, un « prototype » réalisé à taille réelle, a permis d’améliorer et de préciser cette intention dans les chambres et les suites : la mer s’est invitée dans les chambres, un hublot créé entre la chambre et la salle de bains a ramené lumière et profondeur, des portes ajourées suggèrent un jeu d’ombres. En reliant la loggia et la promenade par un escalier privé, la chambre prend des allures de « bungalow ». Pour le lobby et le restaurant, le propos était le même ; qu’ils prennent de l’ampleur et rayonnent vers l’extérieur.
Votre créativité est multiple, protéiforme (architecture design, scénographie,décoration d’intérieur), laquelle de ces aptitudes a été la plus mise à contribution ?
Toutes. Le Monte Carlo Beach était très inspirant, et j’ai pu m’exprimer de mille façons à différentes étapes du projet : l’architecture intérieure pour repenser les espaces, la scénographie pour mettre en scène les chambres et les suites, repenser leurs volumes et leurs axes. Nous avons dessiné des meubles, sélectionné les Arts de la Table, travaillé les matières, les couleurs et leur association, dans la tradition des Arts Décoratifs.
En tant que directrice artistique, et afin d’enrichir l’histoire, je me suis entourée de compétences multiples : Jean Mus, paysagiste spécialiste des jardins de la Méditerranée, les designers Ich&Kar pour l’identité visuelle, Capucine Puerari pour les uniformes, l’artiste Aurore de la Morinerie pour les fresques des chambres.
Dans cette incroyable aventure, quel a été pour vous le plus gros challenge ?
Créer un langage, un univers complet, une identité forte. C’était une mission de direction artistique totale, très ambitieuse. Il faut donc rester fidèle à ses exigences, garder le cap, ne pas refaire ce qui a déjà été fait et savoir être convaincant face à ses interlocuteurs. Aujourd’hui, je trouve le projet très riche, sincère, fidèle aux demandes qui m’ont été formulées. En travaillant sur la renaissance du Monte Carlo Beach, qu’avez-vous apporté à l’hôtellerie monégasque qui n’existe déjà ? Une fraîcheur, une vision à la fois moderne et respectueuse de sa mémoire originelle et de l‘esprit de la Société des Bains de Mer. Cet hôtel est un repère dans la vie des monégasques : certaines familles y ont leur tente depuis des générations, d’autres y ont appris à nager… Je souhaite que le Beach séduise une seconde fois…